The Shiv Nadar School – India

THE SHIV NADAR SCHOOL - INDIA

Inde

Nombre d'étudiants/Students number : 12
Âge/Age : 13 ans
Enseignante/Teacher : Neel Sengupta
Intervenants/Intervenors : Anurupa Roy (marionnettiste/puppeteer) & Mohammed Shameem (réalisateur/movie director)
Début des ateliers/Workshop beginning : Juillet/July 2017

La compagnie Katkatha (Mohammad Shameem, Asha, Anurupa Roy et Indraneil Chaudhury) intervient au sein de la Shiv Nadar School et travaille avec douze adolescents agés de 13 a 17 ans. 

L'atelier a commencé par des rencontres mensuelles durant lesquelles les étudiants ont pu découvrir les arts de la marionnette et commencer à aborder le theme de la première guerre mondiale. Deux tâches leurs ont été confiées pour commencer:

- Un travail de recherche sur l'implication des soldats Indiens durant la première guerre mondiale.
• Les étudiants ont découvert des courriers de soldats et imaginé des réponses. Ils ont aussi réalisé des maquettes de tranchées.

- Dans un second temps, ils ont commencé à aborder les concepts de foyer et d'exil.
• Un premier travail a consisté en la reproduction en maquette de leur chambre avec leur objets favoris et de se construire un monde autour de cette représentation, une carte de leur monde. Finalement, il leur a été demandé de tout laisser et n'emporter que ce qu'ils pouvaient transporter.
• Nous avons mis en place un jeu dans lequel les élèves, devaient se déplacer de façon répétée dans des endroits de plus en plus petits et dans un temps de plus en plus réduit avec seulement ce qu'ils pouvaient transporter. Au final, les élèves se retrouvent dans un espace minuscule et inconfortable.

Les élèves viennent juste de finir le montage de leur premier spectacle. Chacun d'entre eux a pu collecter un témoignage d'exil que cela soit auprès d'un voisin ou d'un membre de la famille. Delhi est une ville de réfugiés. Presque tout le monde à Delhi vient d'ailleurs. Beaucoup sont originaires du Pakistan ou du Bangladesh et sont arrivés lors de la partition des Indes. Nombreux également sont ceux venant du Cachemire et qui se sont réfugiés durant le conflit.

Ses familles portent avec elles de nombreux souvenirs que nous avons rassemblés pour créer trois spectacles de théâtre d'ombre que nous avons travaillés à partir des trois récits les plus forts parmi les propositions : 

1. Un poème écrit par l'un des élèves

2. L'histoire d'un voisin d'un des élèves, qui a fuit le Pakistan pendant la partition des Indes

3. Une histoire inspirée de la grand-mère d'un des élèves qui a quitté le Cachemire avec toute sa famille durant la partition. 

Team Katkatha (Mohammad Shameem, Asha, Anurupa Roy and Indraneil Chaudhury) has been working with grade 8-12 aged 13-17 years at the Shiv Nadar school. we have 12 children in the workshop. 

The process began with monthly meeting where we oriented them to puppetry and the theme of the First World War. They were given two main tasks::

The first one: a brief research of the situation of the war the Indian soldiers participating in World War I.
• They read letters of the soldiers and replied to them, they also built a little model of the trenches. 

Then, they started working on the concept of home and exile.
• First they built miniature models of their own rooms with all the their favourite things, then built their world around it, the map of their own world. Then they were asked to leave everything and carry only what they could with them.

• We played a little game of moving from place to place with only what they could carry with them, with each step of the game the time is reduced to carry their things and at each step the space gets smaller. In the end they are left with very little and are in an uncomfortable space.

They just finished their first show. Each person collected a personal story of exile from a neighbour or their own family. Delhi is a city of refugees. Almost every person in Delhi came from somewhere else. Many came from Pakistan or Bangladesh when the country was partitioned, many from Kashmir who fled during the conflict. These families carried many memories.

We put together these memories to create three shadow puppet shows. We found three powerful stories:

1. A poem written by one of the children

2. The story of a child's neighbour who fled Pakistan during the partition

3. A story inspired by one boys grandmother who had leave Kashmir with the entire family during the partition.

Poème de Vardaan Pandey : C’était le matin

Poem by Vardaan Pandey: It was morning

C’était le matin
Nous étions dehors
Sous le soleil d’août
A l’extérieur de notre maison
Notre foyer
On nous a rassemblé
On nous a rassemblé à l’extérieur de notre maison
Les soldats s’agitaient
S’agitaient avec leurs fusils contre mon estomac
Le métal froid
Brulait ma peau
Mes os me faisaient mal,
Je me suis retourné
J’ai vu ma maison s’embraser
Mon chien était à l’intérieur
Mes livres, mon lit,
Mon sandwich,
Tous étaient grillés
Tous étaient morts
On m’a rassemblé
Avec ma famille
Dans une chambre avec trois cent autres
Et de l’espace pour trente
Des morts tombèrent
Tombèrent chaque minute
Au tic-tac de ma montre dans ma main
Un tomba, puis deux, puis plus
Ensuite
Ils nous emmenèrent
Dans un endroit encore plus sombre
Encore plus petit
Sans nourriture
Sans eau
Nos estomacs grognaient
Ils grondaient
D’autres meurent
A chaque seconde ils meurent
Le tic-tac rythmant les morts
Mon père s’enfuit
Se fit tuer
Revint.
Ma mère est morte
Alors que ma famille meurt
Mon âme meurt
La seule chose que j’ai faite de mal était,
Être humain.

It was morning
We were out
In the august sun
Out of our house
Our home
We were being herded out
We were being herded out of our home
The soldiers moved
Moved with their guns against my stomach
The cold metal
Burned my flesh
My bones ached, I
I looked back
I saw my house burst
Into flames
My dog was in there
My books, my bed,
My sandwich
All were toast
All were dead
I was gathered
Along with my family
In a room full of 300
And a space for only 30
Deaths happened
They happened by the minute
By the ticking of the watch on my hand
One fell, then two then more.
Then,
They took us
Somewhere even darker
Even smaller
No food
No water
Our stomachs growl
They grumble
More die
By the seconds they die
Every tick marks a death
My father, ran
Got killed
Came back.
My mother is dead
As my family dies,
My soul dies
The only thing I did wrong was,
Being a human

Interview de Mrs Vijay Kaul par son petit-fils Kabir
Interview of Mrs Vijay Kaul by her grandson kabir

Introduction à l’exode des Pandits du Cachemire
Introduction about the Kashmiri pandit migration

Le Cachemire est un Etat en Inde dont la population était de religion bouddhiste et hindouiste jusqu’au 13e et 14e siècle. Elle s’est ensuite progressivement convertie au soufisme. A la fin du 19e siècle, la population musulmane a commencé à croître rapidement dans la Vallée du Cachemire. La population hindouiste occupait des postes élevés tandis que la population musulmane était principalement composée de paysans. Le Roi du Cachemire, Hari Singh était hindouiste. En 1947 se déroule la partition de l’Inde. La population musulmane a alors dû choisir entre vivre au Pakistan ou en Inde. Le Cachemire n’a pas su choisir s’il devait rejoindre l’Inde ou le Pakistan. Jawaharlal Nehru a alors promis aux Cachemiris qu’ils pourraient voter pour leur rattachement à l’Inde, au Pakistan, ou devenir un Etat indépendant. Mais ce vote n’a jamais eu lieu. Après quelques temps, des troubles commencèrent à apparaître. L’idée que le Cachemire était un Etat musulman et que la population hindouiste ne pouvait y vivre s’est mis à grandir au sein d’une partie de l’opinion musulmane. A cette période, on pouvait apercevoir des affiches sommant la population hindouiste du Cachemire de quitter la région, des assassinats ciblés, des mouvements de foules encercler des maisons et entendre des haut-parleurs diffusant des sermons haineux. Cette situation a conduit la population hindouiste du Cachemire, également appelée les Pandits du Cachemire, à fuir leur terre natale et émigrer vers une destination inconnue.

Kashmir is a state in India which had a buddhist and hindu population by the 13th and the 14th century. Over a period of time this population started to convert to sufi Islam. By the end the of the 19th century muslim population started to grow rapidly in the valley of Kashmir. The hindus in Kashmir held high posts while the muslim population were primarily peasants.The king of Kashmir, Hari Singh was a hindu. In the year 1947 the partition of India occurred. Now the muslims had to choose whether to go to Pakistan or to India. Kashmir was clueless whether to merge with India or Pakistan. Jawaharlal Nehru promised the kashmiris that they would get the right to vote whether they wanted to go to pakistan or India or even be an independent state, but this never happened. Over a period of time the unrest started to grow and the muslims started to think that Kashmir was a muslim state and no hindus should live over there. Many things were happening in those days including the posters for kashmiri hindus to leave, selective killings, mobs surrounding houses, loudspeakers announcing hateful sermons. So eventually the kashmiri hindus also known as kashmiri pandits had to leave their native home and migrate to an unknown place.

Interview avec ma Grand-mère – Madame Vijay Kaul, 77 ans

Q.1 Pourquoi avez-vous émigré et quand ?

R.1 Les Pandits du Cachemire étaient menacés d’assassinat par des terroristes et une partie de la population locale s’ils ne quittaient pas la région. Un sentiment de panique et de peur s’est créé. La situation a duré pendant 6 à 8 mois avant que nous décidions d’émigrer en janvier 1990.

Q.2 Qu’avez-vous ressenti au moment d’émigrer ?

R.2 C’était très difficile de quitter notre terre natale pour une destination inconnue. Nous étions emplis d’anxiété et de douleur. La situation à ce moment-là était terrible. Nous ne parvenions pas à choisir entre rester ou fuir parce que nous avions 3 enfants et mon beau-père de 90 ans.

Q.3 Votre installation à New Delhi a-t-elle été difficile en venant d’une région comme le Cachemire ?

R.3 Le premier problème que nous avons rencontré lors de notre arrivée a été que nous n’avions aucun endroit où vivre à New Delhi. Pendant 6 mois, nous sommes restés chez des proches et la période a été dure. Nous étions arrivés avec seulement 13,000 roupies n’ayant pas eu la possibilité de nous rendre à la banque avant de partir. Combien de temps cet argent serait-il suffisant pour subvenir aux besoins d’une famille de six personnes ? Nous avions l’habitude de dépenser cet argent avec parcimonie sachant qu’avec ton grand-père, nous n’avions pas de travail. Les choses étaient très incertaines. Ton oncle et ta tante ont aussi dû quitter l’école tout comme ta mère. En réalité quand nous sommes partis, nous pensions qu’il ne s’agissait que d’une question d’un mois ou deux avant que nous puissions revenir, mais malheureusement cela fait maintenant plus de 20 ans et la situation va de pire et pire.
Les conditions climatiques ont été un autre problème très important pour nous. Le premier mois, toute la famille a souffert de boutons de chaleur. Nous vivions avec un ventilateur uniquement.
A cela s’ajoutait le fait que nous étions trois grandes familles à vivre dans un petit appartement. L’incertitude était mortelle – ne pas savoir quoi faire ni où aller.

Q.4 Avez-vous déjà voulu retourner au Cachemire et y rester ?

R.4 Nous n’avons jamais voulu quitter le Cachemire. Encore aujourd’hui nous considérons cette région comme notre maison. Pour nos voisins et tous les gens, nous sommes encore des Cachemiris. Nous tenons énormément à cette identité.

Q.5 Les terroristes vous ont-ils averti avant que vous partiez ?

R.5 Ton grand-père était un docteur pour le gouvernement et nous avons reçu quatre ou cinq appels téléphoniques nous ordonnant de partir ou d’être prêts à en subir les conséquences. Ca a suffi à nous effrayer et à nous faire envisager la fuite – au moins pour quelques temps.
Nous ne savons toujours pas qui a passé ces appels. A cette période, des affiches nous sommant de partir étaient installées sur les maisons des Pandits. Il y avait également des assassinats ciblés, des mouvements de foules encerclant des maisons et des haut-parleurs diffusant des sermons haineux. Toutes ces choses ont créé un environnement de peur et de haine entre les deux communautés. Je n’avais jamais fait l’expérience d’une telle situation auparavant.

Q.6 Est-ce que les membres de votre famille voulaient émigrer ? Pour quelles raisons ?

R.6 Nous n’avons jamais voulu quitté la région mais n’avons pas réellement eu le choix parce qu’à plusieurs reprises, ton grand-père a été emmené rapidement pour s’occuper de terroristes blessés. C’est ensuite que les appels téléphoniques ont commencé. Mes enfants étaient très petits et j’avais également deux jeunes filles. Quand les slogans inappropriés ont commencé à être diffusés par les haut-parleurs des mosquées, nous avons décidé qu’il était temps pour nous de partir.
Nous avons préparé deux valises pendant la nuit, et le matin suivant, le couvre-feu a été levé pendant une heure environ. Nous en avons profité pour embarquer dans un avion et sommes arrivés en moins de temps qu’il en faut pour le dire à Delhi.

Q.7 Quelle est la différence entre le Cachemire que vous avez connu étant enfant et le Cachemire d’aujourd’hui ?

R.7 Le Cachemire ne s’appelait pas ‘jannat’ (jardin) pour rien. La vie était simple, paisible et belle. Ce n’était pas seulement physiquement beau. Les gens étaient aussi heureux avec les choses simples de la vie. Cette beauté, cette joie et cette simplicité sont perdues. Nous avions l’habitude de nous balader dans les jardins et vergers, des familles nombreuses vivaient dans des quartiers avec des Pandits et des Musulmans ensemble, parfois sans clôture entre les habitations. Peux-tu imaginer cela aujourd’hui ?

Interview with my Grandmother –Mrs Vijay Kaul, age 77

Q.1 Why did you migrate and when?

Ans.1 Kashmiri pandits were threatened by terrorists and some local people that if the Pandit’s in Kashmir would not leave Kashmir they would be killed. There was a situation of panic and fear that was created. This continued for at least 6-8 months before we finally migrated in January 1990.

Q.2 What were you feeling while migrating?

Ans.2 It was very difficult to leave our native place and go to an unknown place. We were filled with anxiety and pain. The situation those days was very terrible. We were not able to know whether to leave or stay on because I had to leave with my 3 kids and 90 year old father in law.

Q3 Was it difficult for you to settle in Delhi coming from a place like Kashmir?

Ans.3 The first problem we faced in settling from Kashmir to Delhi was that we did not have a place to live in Delhi. For 6 months we stayed with some relatives and those were tough times. I had come with only Rs 13,000 as we were not even able to go to the bank before we left. How long would this money be sufficient for a family of six. We used to spend the money very carefully because both your grandfather & I had no job .Things were very uncertain.
Your Masi & Mamu also had to leave school as did your mother. Actually when we left, we kept thinking that it’s a matter of a couple of months and we’ll be able to go back, but unfortunately it's been more than 20 years and the situation has gone from bad to worse.

Climate was a huge challenge we faced. Within the first month, the entire family had heat boils all over. We used to just live with a fan.

Besides this we were three large families living in one small flat. The uncertainty was killing – not knowing what to do or where to go.

Q4 Have you ever wanted to go back to Kashmir and stay there?

Ans 4. We never wanted to leave Kashmir in the first place. Even today we consider Kashmir as our home. For our neighbors and everyone, we are still Kashmiris. We hold this identity very dearly.

Q.5 Did the terrorists notify you before migrating?

Ans.5 Your grandfather was a doctor with the government and we received four or five phone calls asking us to leave or else be ready for consequences. This was enough for us to feel scared and we started thinking about leaving –at least for some time.

We still don’t know who made that phone call. Another thing that was happening in those days was that posters to leave were put up on several Pandit houses, selective killings, mobs surrounding houses, loudspeakers announcing hateful sermons. All of this created an environment of fear and of hatred between the two communities.

Q6. Did your family members want to migrate? Why or why not?

Ans.6 We never wanted to leave but we really had no choice because a couple of times, your grandfather was whisked away to attend to a few injured terrorists, and then the phone calls started coming. My children were small and I also had two young daughters. So when inappropriate slogans started coming from the loudspeakers in the mosques, we decided it was time for us to leave.

So, we packed two suitcases one night, next morning the curfew was relaxed for an hour or so and we only had an hour to leave, board the plane and the next thing we know is that we are in Delhi.

Q7. What is the difference between the Kashmir you experienced as a child and now ?

Ans.7 Kashmir was not called ‘jannat’ just like that. Life was simple, peaceful and beautiful. Not only was it physically beautiful but also people were happy with small things of life. That beauty, that joy and that simplicity is lost.
We used to have gardens and orchards to roam around, large families used to live in neighborhoods that had Pandits and Muslims both, sometimes there wouldn’t even be a wall. Can you imagine that now?
I had never ever experience this before.